Lugubre été 2016

http://www.slate.fr/story/122365/mort-democratie

Publié fin août, cet article revenait sur différents événements ayant eu lieu au cours de l’été écoulé. Si nous avons pu constater, comme l’auteur, les faits qu’il expose tout au long de l’article, il en tire une analyse particulièrement pertinente de l’état du monde à l’heure actuelle. S’il s’agit d’un article-fleuve, celui-ci nécessite que le lecteur prenne du temps pour se permettre d’appréhender l’actualité estivale dans son intégralité. Comme j’ai pris l’habitude de le faire, je ne peux que recommander au lecteur de lire moins mais mieux. Cet article est l’exemple parfait d’une lecture de qualité qui ne se contente pas d’énumérer des dépêches AFP mais de les lire à la lumière d’autres faits. Sans cette vision d’ensemble, il ne serait pas possible d’arriver au même constat sur l’état de la démocratie dans notre société. Sans faire état d’un pessimisme exacerbé, il apparaît clairement que nous n’avons pas jugé à leur juste mesure un nombre considérable de signaux sur la colère des peuples, les abus des politiques et les fractures entre les citoyens. C’est pourquoi cet article doit participer à une prise de conscience collective de l’importance de la démocratie, du droit inaliénable que sont la liberté d’expression et de presse, enfin, du rejet franc, massif et sans condition du populisme et de l’autoritarisme.

Je regrettais récemment le retour en arrière du monde économique, notamment sur le plan des droits sociaux avec pour cause l’ « ubérisation » de nombreux secteurs, l’individualisme des travailleurs, l’absence de réponse organisée des syndicats et de l’Etat à ces nouvelles formes de travail. A la lecture d’articles de cet acabit, nous sommes forcés de constater également un retour en arrière du monde politique. Il s’agit plus précisément d’un retour en arrière sur les libertés fondamentales, sur l’opinion publique de la démocratie, sur l’image des politiques. Oh, la vie serait presque plus simple s’il s’agissait d’une prise de pouvoir par des personnes illégitimes ! Seulement il n’en est rien. Le retour en arrière est du à une population qui n’a eu de cesse de blâmer l’appareil étatique et se laisse berner par des politiciens qui la manipulent à leurs guises. Ainsi, le changement est bien plus difficile à effectuer car il devra venir du peuple. Celui-ci oeuvrera pour son propre bien, et parce qu’aucun système politique meilleur que la démocratie n’a encore émergé, il devra s’efforcer de le modifier de l’intérieur. Le peuple devra cesser de se comporter en enfant gâté et d’attendre tout de l’action politique sans rien donner en échange. Il devra faire l’effort au moyen d’une recherche d’informations justes, d’une attention permanente à la formation de ses enfants, d’un vote objectif et non d’un vote de colère lors des élections, du refus de sa propre instrumentalisation. Seulement grâce à cette rigueur morale, cette droiture d’esprit, il aura une classe politique à sa hauteur et qui le mènera vers un avenir meilleur.

Seulement, il n’en est rien actuellement. Comme le retrace l’article, le peuple est las et mécontent. Il s’amuse avec des énergumènes comme Trump, applaudit lorsque Erdogan le prive de ses droits et vote pour quitter une organisation comme l’Union Européenne qui a assuré la paix et le progrès économique. De par cette attitude méprisable, les citoyens européens choisissent délibérément le rétablissement des frontières, la concentration de pouvoirs dans les mains d’un petit nombre et la suppression d’une partie de ses droits. Ces éléments sont contre la marche du monde, contre le progrès, contre toute logique même, si ce n’est celle d’une attitude de replis sur soi dans l’espérance d’un avenir meilleur. Alors il faut marteler jour après jour le potentiel formidable d’un monde sans frontières, d’un monde plus libre où chacun peut dire ce qu’il lui plaît sans être inquiété. Exprimer cette pensée en 2016 me paraît hallucinant mais trop de nos concitoyens semblent souhaiter revenir un ou deux siècles en arrière. La République française, en tant qu’héritière de la Révolution Française, doit redevenir un symbole d’espoir et doit guider le monde vers les idéaux qui l’animait. Elle doit lutter sans merci contre ceux qui veulent piétiner son héritage. Je n’ai rarement ressenti autant de colère que lorsque Marion Maréchal Le Pen a trouvé pertinent de déclarer « être saoulée par les valeurs de la République« . Il est terrifiant qu’une élue remette en cause les valeurs fondamentales que sont la Liberté, l’Egalité et la Fraternité.

L’article mentionne également les deux types de régimes vers lesquels une partie des pays semblent se diriger : la démocratie illibérale et le libéralisme non-démocratique. En partant du régime, supposé être le nôtre, de démocratie libérale, l’auteur constate donc deux dérives qui s’éloignent de l’idéal originel. Avec d’un côté, la démocratie illibérale, un régime dans lequel il y a des élections mais peu de liberté de la presse et une justice soumise à l’exécutif (Hongrie, Turquie…). Et de l’autre, le libéralisme non démocratique, dans lequel il y a également des élections mais l’appareil étatique ne fonctionne pas. Nous pouvons citer la France qui, après le « non » au référendum européen, les parlementaires ont malgré tout approuvé le texte par la suite.

Mais l’espoir n’est peut-être pas si vain. Si les extrémistes de toutes parts en veulent à notre démocratie, à nos libertés, nous devons leur tenir tête. Si les politiques ne peuvent changer les choses rapidement, ils peuvent décider maintenant de reprendre la lutte idéologique. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle Angela Merkel a prononcé un discours d’une extrême fermeté contre l’extrême droite de son pays plutôt que de séduire son électorat. C’est la raison pour laquelle le roi du Maroc, Mohammed VI a prononcé un discours batailleur contre la menace terroriste. C’est la raison pour laquelle le roi norvégien Harald V a prononcé un discours d’ouverture et de tolérance face aux différences de religion, d’orientation sexuelle, d’origine géographique. Ces leaders doivent être imités à chaque instant pour défaire les monstres idéologiques qui rôdent. Il appartient autant aux politiques qu’aux citoyens de répandre ces valeurs. Il faut saisir cette lutte comme une chance de défendre ce modèle de société qui nous a permis d’acquérir tous les droits dont nous jouissons actuellement.

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